O la sérénité de l’austère Provence
En cette terre haute où l’on peut sans compter
S’éprendre de lumière et céder au silence
Et s’avouer murmure en son immensité !
C’est à cet abandon que le ciel nous invite,
A brader tout ce dont le monde se repait,
Tout ce bruit, tout ce luxe et tous ces faux mérites,
A se refaire pauvre et capable de paix.
Car c’est de pauvreté qu’il faudrait être riche :
Dans cette aridité, jadis, pour nos aïeux,
Et la truffe, trésors d’un jardin rocailleux.
Mais un jardin sans mur, un plaisir sans clôture
Qui vous calme l’esprit d’indicibles odeurs.
Vous voilà régisseur d’une intime nature
Et vous ne craignez rien de votre Créateur.
Prenez-le ce rameau du bec de la colombe !
Sur vous le toit du ciel a cessé d’être lourd ;
La pureté du jour a l’éclat d’outre-tombe.
Buvez ce philtre bleu d’une irénique amour !
Faites-vous arc en ciel, gorgez-vous de lumière ;
Dites-vous : « c’est à moi que sont faits tous ces dons ! ».
Emplissez-vous d’espace à briser vos frontières,
Trouvez dans la Beauté les secrets du pardon.
Les nuages ici quittent peu les montagnes,
Ce n’est qu’en coup de vent qu’ils déversent leurs grains,
Comme si la faveur d’un pays de cocagne
C’était que le mistral en chasse les chagrins.
Cette terre a les siens (nul ne vit sans blessures),
Mais comme ici le jour est fidèle au réveil,
Si le ciel s’assombrit d’une triste vêture,
On peut sans grand souci parier le soleil.
Ce jour qui monte en vous, courez l’offrir aux autres ;
Faites-vous le héraut d’un Ciel sans changement ;
Ne triez pas l’ivraie du seigle ou de l’épeautre,
Binez plutôt vos cœurs de tout ressentiment.
Qu’emporterez-vous là où le bruit vous appelle,
De ce plateau sauvage ébloui de clarté ?
– En ce livre un herbier de ciste ou d’asphodèle,
Aux creux de vos semelles un peu d’humanité.
*
Saint-Trophime, avril 2008
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