jeudi 24 février 2011

Joseph assume la paternité de Jésus

Homélie sur Matthieu 1, 18-23
 // Luc 1, 27-31

On a appelé ce texte de saint Matthieu « l’annonce à Joseph » ; et c’est vrai qu’on y retrouve l’essentiel de « l’annonce à Marie », du début de l’évangile de Luc. Même intervention du Seigneur sous la forme d’un Ange ; même affirmation de l’essence divine de cet enfant qui va venir ; même acceptation de la volonté de Dieu, c’est à dire même justice, chez l’un et l’autre des deux fiancés.

Cet évangile convient admirablement au dernier dimanche qui précède Noël. Il est pour nous l’occasion de rendre à saint Joseph la place unique que Dieu lui a réservée dans l’Histoire Sainte.

Il faut admettre que l’on sait peu de choses sur Joseph. Mais, à vrai dire, en sait-on beaucoup plus sur Marie ? – A peine. L’Evangile n’est jamais très disert. Il se contente de nous dire ce qu’il convient que nous sachions, et rien que cela. Il  nous invite à réfléchir, non pas sur les personnages eux-mêmes, qu’il nous laisse libres d’imaginer à notre guise, mais sur le rôle que ces personnages ont joué dans l’histoire du salut. C’est cela l’essentiel, et qui doit nous suffire.

On sait peu de choses sur Joseph, mais ce que Mathieu et Luc nous rapportent de lui suffit à nous faire mesurer toute la béatitude de ce grand saint, qui est sans doute, avec Jean le Baptiste, le plus grand parmi les saints, et nous ne pouvons que l’approuver, si nous avons dans nos coeurs assez de foi, assez de justice, assez d’humilité.

Dieu n’a pas choisi au hasard  la petite Marie ; il n’a pas non plus choisi Joseph à la va-vite, sans discernement. Pour Dieu, rien n’est difficile, mais pourtant, quand il s’était agi de faire confiance à ce point à un homme, combien la tâche était délicate ! Il fallait en effet un homme qui comprenne que sa femme était enceinte des oeuvres de Dieu, qui admette qu’il ne la connaîtrait jamais charnellement, qu’elle resterait pour toujours ce tabernacle sacré de la présence divine, et qui l’aimerait cependant, non pas comme une statue, mais, dans la plus belle humanité, comme sa tendre, sa chère épouse.

Il fallait un homme qui ne se contentât pas de dire « oui » une fois, pour se sortir d’une situation scabreuse, mais qui consacrerait toute sa vie au petit garçon que, d’avance, Dieu lui demandait d’adopter. Un homme qui donnerait à cet enfant l’éducation des fils d’Israël, faite d’un heureux mélange d’Ecriture Sainte et d’artisanat. Il fallait - rendez-vous compte - un homme qui apprendrait son métier manuel à Dieu !

Il fallait aussi un homme qui fût capable de garder toute sa vie le grand secret que lui avait confié l’Ange, sans jamais l’oublier, et qui mourrait avec lui dans son cœur, mais sans en avoir connu la réalisation. Oh non ! Dieu n’a pas choisi Joseph au hasard !

Effacé, comme Marie, aux yeux des hommes, Joseph devait être, comme Marie, resplendissant au regard de Dieu. Pour que Dieu en fasse le père de son Fils, il fallait bien que Joseph aussi fût « rempli de grâce », et béni entre tous les hommes.

Si l’on n’essaie pas de se placer du côté de Dieu, on ne peut pas comprendre pourquoi le Seigneur, qui en est seul juge, a reconnu tant de mérites en cet homme qu’il en a fait le premier croyant chrétien, comme il avait fait d’Abraham le premier croyant pour les Juifs. Et si l’on ne se place pas du côté de Dieu, ce Joseph, qu’on proclame bienheureux, en fait, on ne fait que le plaindre, on ne le conçoit que comme une victime des desseins du Seigneur ; on en viendrait – suprême injustice – à se moquer un peu de lui.

Oh, Frères et soeurs, quelle erreur ce serait, et quel gâchis ! Ce serait prétendre que cet homme, qui avait tant d’exceptionnelles qualités, Dieu ne l’aurait choisi que pour le rendre malheureux, que pour lui faire subir le long supplice d’une jalousie qui, toute sa vie, lui rongerait l’âme. Dieu, qui est l’Amour et la Bonté infinis, Dieu aurait fait ça ?

Tenez : on pourrait être tenté de croire que si Joseph a hésité à prendre sa fiancée pour femme, ce n’est que parce qu’elle était enceinte d’un autre que lui. Ça, c’est la vision des hommes, une vision terre à terre, qui n’a d’ailleurs aucun intérêt, puisqu’aussi bien les contemporains de Joseph ignoreront son secret, et que, plus tard, ils vénéreront sa mémoire, quand cet enfant qu’il aura élevé leur sera apparu comme le Seigneur des mondes, dans la gloire de sa résurrection. Non ! Joseph n’avait rien à craindre du sarcasme des autres, et ce ne pouvait être seulement ça qui l’avait déterminé à renoncer à Marie comme épouse, avant que l’Ange ne le convainque du contraire. Mais alors, quoi ?

Eh bien, si nous essayons de nous placer du côté de Dieu, nous pouvons peut être comprendre l’histoire d’une toute autre manière. Nous pouvons découvrir que cette première décision de Joseph, apparemment négative, relevait d’autre chose, et de beaucoup plus grand : Joseph ne voulait pas prendre Marie chez lui, non pas parce qu’il doutait de sa vertu, mais parce qu’il ne voulait pas s’approprier cet enfant à naître, cet enfant qui était le Fils de Dieu, et qui appartenait à Dieu.

Et quand l’Ange lui dit en songe « Ne crains pas... », cela ne signifie pas : « ne sois pas jaloux », mais « redresse toi, Joseph, accepte d’avoir été choisi parmi tous les hommes ; n’est-ce pas par toi, qui es de la lignée de David, que le Fils de Dieu vient sur terre comme le rejeton de l’arbre de Jessé ? N’est-ce pas grâce à toi, Joseph, que s’accomplit la prophétie ? »

« Ne crains pas... parmi tous les fils de David, Dieu t’a choisi, toi, non pas bien que tu sois l’un des plus pauvres, mais parce que tu es pauvre, pour que tu sois à jamais le signe de sa préférence pour les petits. »

Et nous, frères et soeurs, ne craignons pas non plus. L’histoire vécue de Joseph nous fait découvrir combien l’humilité est ce qui plaît à Dieu, mais elle nous permet, dans le même temps, de nous sentir capables de dépasser notre logique terrestre, de voir les choses autrement. Joseph, en fait, nous oblige à nous placer du côté de Dieu.

Ainsi, grâce à ce magnifique petit bout d’Evangile, voilà que la foi de Joseph rejaillit sur nous. Voilà que ce divin enfant qui vient sauver le monde, lui qui fera un jour de nous les Fils adoptifs du Père, nous nous sentons le devoir de l’accueillir et de ne plus lui lâcher la main. Voilà que nous aussi, comme Joseph, le charpentier de Nazareth, nous aussi, ce divin enfant, Dieu nous invite à l’adopter.

   
091 Valensole  23 décembre 2001, A   4ème dimanche de l’Avent,



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